Rochegude, passage de la vallée de l'Allier

Départ en commun ce matin, pour la première fois je marche en groupe ou du moins je me sens entouré car chacun marche à son rythme mais une telle journée ne manque pas d'envie de partage. Quelques affinités se dessinent selon les besoin de se confier ou simplement de soulager un peu le poids du sac avec une conversation. Des craintes, des inquiétudes quand à nos capacités mais tous d'accord pour aller de l'avant. 

Il faut dire que cette "première étape" (pour certains, le départ du Puy en Velay n'était qu'une mise ne jambe ... 23 kilomètres tout de même) montre ses inconvénients et présente quelques difficultés notables pour les novices du chemin que nous sommes. Les inconvénients des muscles pas encore chauds et qui des les premiers jours protestent au réveil avec l'impression de ne plus vouloir faire leurs office. Ne vous inquiétez pas, tout le monde y passe, les nouveaux comme les anciens. Les trois premiers jours c'est toujours la rouille du repos qui doit être évacuée. Avec un peu d'huile de genou en quelque jours il n'y paraîtra plus. Ce sera même le première surprise : la faculté d'adaptation à ce nouveau rythme de vie. 
Après tout ce n'est pas trop compliqué, la seule chose que nous ayons à faire, c'est marcher.

Quelques uns d'entre nous ont pris un petit papier plié dans la boite qui se trouve à coté de celle destinée à recevoir nos "donativo" cette participation libre que chacun dépose avant de quitter l'accueil jacquaire. 
Une petit proposition de méditation sur des paroles d'Évangiles ou d'autres écritures pour occuper son esprit en chemin. Je ne déplierai le mien que plus tard, avec une surprise à la clé. 

Nous nous dirigeons vers le premier lieu notable du chemin depuis Saint Privat d'Allier avec, à la suite la première difficulté. Ce lieu, je viendrai le revoir plusieurs fois tant il est attirant et un peu magique en quelque sorte.

Rochegude

Outre l'historique relativement classique de cette chapelle, c'est surtout l'ambiance qui fait de ce lieu un "incontournable" du chemin. Saint jacques est déjà présent dans nos rêves, le voilà pour la première fois sous nos yeux.

SAINT JACQUES ROCHEGUDE

Un coup d'œil sur le paysage avant de repartir, ça serait dommage de louper une des plus belles vues sur la vallée de l'Allier. Attention la descente qui suit est assez raide.

En effet,  la dégringolade sur le fond de la vallée est un peu escarpée. Pour moi qui ai pratiqué la montagne quelques années elle ne présente pas de risques particuliers mais pour certains pèlerins citadins ou de régions peu montagneuses elle mérite une attention soutenue. J'ai vu au bord du chemin une pèlerine en larme obligée d'abandonner son chemin pour cause de cheville fracturée. La pauvre était venu du Québec pour faire ce pèlerinage. Abandonner dès l'une des premières étapes est un crève-cœur surtout lorsqu'on vient de si loin.
Passage au village de 

Praclaux

dont les habitants ont décoré les boites à lettres sous forme de clin œil aux marcheurs avec un talent indéniable

TUILE
Voilà enfin Monistrol sur Allier,

Petite traversée sur le pont en fer, (pont Eiffel) Qui nous permet de passer de l'autre coté de la vallée et surtout de passer devant le bistrot bien nommé "Le Repos du Pèlerin".
Évidement l'occasion de poser le sac qui pour une bière, qui pour un café.


C'est que la montée qui va suivre s'annonce très raide, aussi raide que le fut la descente de Rochegude. Ici, pas de cheville cassées mais une langue bien tirée et quelques gourdes de flotte bien vidées.
Par contre le paysage lui, est des plus agréables surtout avec ce beau temps. Nous passons devant de splendides exemplaires d'orgues basaltiques si caractéristiques de cette région entièrement volcanique.

Dans l'effort, les langues se délient et plusieurs pèlerins se posent pour discuter. Catherine, une pèlerine avec qui j'avais commencé une belle conversation marche au ralenti. Elle m'attends au pied des orgues basaltiques et me retient un moment pour me confier ses attentes et ses inquiétudes. Son fils est resté à la maison, il est atteint de mucoviscidose et elle fait ce chemin pour emmener ses prières à Santiago. Elle me confie aussi qu'elle risque de devoir revenir en cours de route au cas où l'état de son enfant s'aggrave. Elle me demande alors si je veux bien, au cas où elle serait obligée de rentrer, emmener ses demandes auprès de Saint Jacques. 

Le voilà donc mon baptême de pèlerin, Ne sachant pas très bien pourquoi je marchais voila donc la mission qui m'est confiée, A défaut de connaître mes motivations, je vais me faire un devoir d'assurer celles des autres. Partage des plus émouvant, 

Une centaine de mètres plus loin, un virage nous offre un espace de pause avec quelques rochers pour s'assoir. Nous sommes plusieurs à profiter de cette halte. Entre un morceau de pain et une rasade d'eau je me hasarde à déplier le petit papier que j'avais pris dans la petite boite  chez jean Marc Lucien avant de partir. Je lis ce qui est écris et complètement bouleversé, je le montre à Catherine. Dessus, il est marqué une parole de Saint Paul ... :

"Marchez ensemble et prenez soin les uns des autres ..."

C'est donc cela le mystère de ce chemin. On m'avait dit que c'était un chemin plein de signes et je suis loin de connaître tout ce qui va m'arriver par la suite. Et si c'était cela les changements dont on nous parle en évoquant Compostelle. Les changements intérieurs que chacun fait en fonction de ses capacités et de ses rêves. Nous reprenons la montée vers la chapelle de La Madeleine, avec une grande émotion



Après une visite à la chapelle nous finissons la montée par un escalier raide et très "cassant" pour le rythme de marche pour arriver à Escluzels où un point d'eau bienvenu nous attends. Il faut dire que nous sommes bien content d'avoir avalé cette fichue côte avant les grosses chaleurs. Tous alignés dans ce champs nous faisons l'inventaire des orteils et des ampoules. C'est bon, tout est là !

Petit casse-croûte et nous voilà prêts à repartir. Nous allons poursuivre la journée avec le cœur plus léger et aussi avec le sentiment d'avoir franchi vaillamment les petites difficultés qui étaient au programme ...
même sans connaître toutes celles qui nous attendent ... 


Encore quelques kilomètres sur le plateau qui nous amène à la Margeride, cette région que nous allons traverser avant l'Aubrac et qui à connu il y a quelques centaines d'années la terrible "Bête du Gévaudan". Rien de tel aujourd'hui. Il faut jour et beau temps, pas un temps à mettre un loup dehors. Devant nous, une suissesse nous ouvre le chemin avec son âne. Bien pratique pour porter ses bagages. 

Quelle belle arrivée à 
Saugues


Nous n'avons, pour la plupart, pas réservé. Aussi, après un passage à l'office de tourisme, nous sommes dirigés vers le stade de foot qui se trouve à coté du camping municipal. Le gérant du camping nous ouvre les vestiaires des sportifs avec douches et toilettes ainsi que quelques lits qui feront notre bonheur.

Nous nous retrouvons ainsi avec des pèlerins arrivés un peu avant nous. De gauche à droite : un irlandais (très bon marcheur), un belge prénommé Jean et qui a la très grande qualité, outre d'être très sympathique, d'être cuisinier ... Je vais d'ailleurs le suivre (très intéressé) et le voir épisodiquement puisqu'il se rend à Moissac dans un couvent pour faire fonction d'hospitalier pour aider les sœurs à accueillir les pèlerins. dans le fond, une allemande un peu expansive du doux nom de Petra si mes souvenirs sont exacts. Puis tout à droite, notre suissesse qui à laissé son âne juste à côté avec de quoi manger ... Toute un stade de foot à brouter ... Et enfin Catherine qui va nous accompagner quelques jours encore et rejoindre son fils dont elle nous transmettra d'ailleurs de meilleures nouvelles par la suite.


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