Trois Mulets et un Pèlerin

Ce matin, je pars tôt car il va faire chaud et je sais que je vais grimper.
Je suis si préoccupé que j'en oublie la tomate que m'avait amicalement déposée sur la table de mon petit déjeuner mon hôte de la veille
Une belle tomate de jardin !!!
Je penserai effectivement à cette tomate un peu plus tard dans la journée. 
La soif ! 
  








Je franchis le Fier au petit village de Val de Fier et je m'apprête à "attaquer" la côte des Trois Mulets ! 
Je me pose la question tout au long du chemin sur le nom de cette  montée 
et j'en viens à penser quelle est tellement raide qu'il fallait peut-être bien trois mulets pour en venir à bout.

 
La côte des Trois Mulets 

En fait, il est plus vraisemblable que cette dénomination vienne de l'époque de Mandrinun brigand contrebandier qui sévissait dans la région au dix-huitième siècle. Ce "robin des bois" fut en butte dès son plus jeune âge aux tracas de l'administration (fiscale) suite à une transaction de bestiaux avec l'armée pour laquelle il devait livrer "cent moins trois mulets" (selon les termes des contrats de l'époque !). 
Les voilà donc nos "trois mulets", du moins c'est peut-être une trace de son passage dans la région. 
Ce personnage très remarquable suscitait des avis partagés selon que vous étiez riche (il vous volait) ou pauvre (il vous donnait) et sa capture en a fait un héros reconnu pour sa bravoure et son courage, lors de son arrestation il n'a jamais dénoncé ses complices même sous la torture, Ses expéditions couvraient des centaines de lieues et il n'y avait pas de TGV!!) Sa passionnante histoire sur ce lien. (voir aussi Mandrin un site très complet sur cet homme ) Mais notre époque est plus tranquille et les pèlerins ne craignent plus d' être détroussés par les bandits de grands chemins bien qu'il existe encore des détrousseurs de carte bleues et ceux là ont pignons sur rue !! 
Cette côte une fois avalée, je redescends vers les rives du Rhône à travers bois en loupant quelques balises probablement vandalisées par quelques promeneurs indélicats me faisant ainsi manquer le passage dans le village de Motz (on prononce MO tout simplement)

Dommage, mais la vallée m'appelle et je vois au loin la Chautagne et ses peupleraies. Un temps pour la réflexion au long des rangées de peupliers et dans le calme des marais. 
Un temps aussi pour la sieste et le séchage de la petite lessive du pèlerin. 







Le chemin continue et je rejoins assez rapidement la jonction
avec le GR65. 
Voilà donc la voie Genève - le Puy, 
La Via Gebennensis, 

   











La voie des suisses et des allemands depuis des siècles. Me voilà donc sur leurs traces, ... sur le chemin.
Déjà les panneaux ont un sens, et je vais me fondre dans le flot millénaire des marcheurs vers Compostelle.
Cette première sensation ne me quittera plus tout au long de ce périple. A vrai dire, le flot est plutôt calme.
En effet, jusqu'à présent j'ai marché seul et à part quelques réflexions (pas toujours très futées !!!) le contact avec les populations indigènes s'est limité à quelques transactions commerciales à caractère alimentaire. Cela me convient, je dois bien l' avouer. La solitude à cet instant, a un gout de tranquillité que j'apprécie.
Ma journée se termine à Culoz après avoir traversé le Rhône. Dans un gîte de la commune tenu par l'office du tourisme local, je trouve un couple d'amoureux américain (laissons les roucouler tranquillement, eux aussi apprécient le calme du soir !) ainsi qu'une allemande qui finit ici sont chemin pour cette année. Elle est en recherche pour sa vie intérieure et les "bouts de chemin" qu'elle parcourt chaque année n'ont pas l'air de lui apporter encore ce qu'elle espère. Il faut dire que repartir de Culoz n'est pas follement motivant. Souhaitons lui un bon retour et une meilleure suite pour son chemin la prochaine fois. 

 

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