De la campagne à la prière

Je décide de me lever tôt et partir à la fraîche,
Je laisse mon obole sur la table de l'accueil jacquaire endormi et je sors discrètement vers mon chemin. 
La fraicheur du matin est appréciée et j'en profite pour adopter une cadence un peu soutenue. 
Il me faut franchir les barrières de champs et contourner les paisibles vaches qui se demandent ce que vient faire cet énergumène avec son drôle de bâton et son sac qui lui donne une allure d'escargot. (c'est pas une heure pour déranger des vaches !) Et c'est un bonheur de traverser le paysage du matin ainsi. Brumes, silence, tout ce qu'il faut pour un réveil méditatif et serein. 
Cette première partie de journée se déroule à bonne allure et j'arrive vers 9 heures au  col du Mont Tournier. 

Un petit casse croûte sur le site de Pierre Vire avec ce rocher en équilibre qui surplombe le paysage ... et tout le temps d'admirer et de se reposer

Quelques pas encore et me revoilà au contact de la civilisation.
Arrivé à la première ferme, je suis accueilli par le comité des trois petits cochons 

Après la traversée de quelques hameaux d'exploitations agricoles et de résidences secondaires,j'arrive vers Saint Maurice de Rotherens. Grand village qui héberge un musée de la Radio (musée Galetti) 
Mais il est midi et le musée est fermé donc silence radio pour le musée, de toute façon, il n'ouvre pas à des heures de pèlerins. De même pour le bistrot, ... pas trouvé ! ... Je suggère à ceux qui nous tracent le chemin de faire des circuits qui passent exclusivement devant des troquets plutôt que de nous envoyer dans des côtes impossibles. Le GR n'est pas un chemin de pèlerin ! Heureusement, les points de "ravitaillement" sont suffisamment nombreux et la région regorge de caves de dégustation ! Mais aujourd'hui la soif commence tôt et les chaleurs de la veille me font craindre le pire. Ah mais que vois-je ... la commune a pensé à nous ! Au milieu du village une salle polyvalente est signalée (elle!) avec des toilettes et un point d' eau confortable où les échaudés peuvent sans vergogne s'asperger et étancher leur soif. 

De passage dans le hameau de Rives, je suis aimablement "ressourcé" par un habitant qui a décoré sa maison à l'enseigne de la coquille. À la croisée des chemins, la charmante Croix de le Mare me fait signe pour une prière avec son petit Saint Jacques qui tout au long du jour compte ses pèlerins, bien à l'abri dans sa niche (il est au frais ... lui !) 






Traversée des villages avec des maisons en terre, typiques du Bas Dauphiné

La suite du chemin m'emmène par Grésin jusqu'à un carrefour, devant la très jolie Chapelle Notre Dame de Pigneux.












C'est ici que je dois quitter le GR 65 pour suivre un balisage spécifique qui va me guider vers l'Abbaye de La Rochette où se trouvent les sœurs bénédictines qui m'hébergeront ce soir.

Après cinq kilomètres traversant la plaine et ses résidences campagnardes tranquilles, je suis assez content d'arriver dans ce havre de paix et de silence. Je suis accueilli par Sœur Anne-Marie, souriante et malicieuse, qui tient beaucoup de place derrière son bureau. Nous discutons un peu du chemin et des quelques règles d'hébergement. Elle me suggère d'assister aux Vêpres. Ce moment de recueillement qui conclu la journée de marche est apprécié bien que je ne sois pas très "religieux", je découvrirai par la suite tout le bien que peu apporter ce temps de réflexion. Après tout, je marche aussi trouver mon chemin intérieur ... !












Je partage, ce soir, la chambre avec un autre pèlerin qui vient de Suisse. Il a déjà fait un bout du chemin mais a dû s'arrêter à Condom l'année dernière. Il a l'air soucieux et préoccupé et il n'a pas trop envie de parler. Il n'a pas apprécié mes ronflements, me réveillant systématiquement à chaque fois que je m'endormais au point que j'ai dû finir ma nuit dans la salle de bain !! C'était donc mon premier mauvais coucheur (et le seul d'ailleurs c'est pourquoi je le remarque !), une intolérance que je n'ai plus rencontrée par la suite et qui était sûrement due aux mal-être de cet homme en recherche (la charité chrétienne est une vertu à découvrir pour certains) mais enfin, on rencontre le bon et le moins bon sur le chemin. Et le bon m'a fait oublié le moins bon.

 

 
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